13 octobre 2012

Du Trocadéro... au phare Amédée

Dernièrement, je suis allé voir l'exposition sur les phares au Musée de la marine, au Palais de Chaillot. C'était l'occasion pour moi de repasser voir les collections permanentes que je n'avais pas vues depuis des années, et de saluer brièvement l'ancien palais du Trocadéro (voir les précédents posts à ce sujet) :

Voûte du palais du TrocadéroColonne du Trocadéro

La verrière du côté du Musée de la marine, et côté Cité de l'architecture, les colonnes du pavillon d'entrée, que je n'avais jamais montrées et qui datent bien du premier édifice mais qui ont été dissimulées lors de la profonde modification de 1937. Ces colonnes restent cachées côté Musée de la marine. Les deux pavillons de chaque côté de la place flanquaient autrefois l'énorme salle de spectacle centrale, aujourd'hui disparue. On pouvait passer d'un côté à l'autre du Trocadéro en empruntant ces sortes de passages à colonnes.

C'était aussi l'occasion de voir certaines curiosités fort steampunkiennes au milieu de toutes ces merveilleuses maquettes de bateau, sous-marins, dirigeables... (N'oubliez pas de cliquer sur les photos pour voir des plus grandes versions.)

ScaphandreScaphandre

ScaphandreHélice de bateau

Un des premiers scaphandres, datant de la fin du XIXe siècle (qui n'a jamais servi, et on comprend un peu pourquoi !), et le détail d'une maquette d'un navire du XIXe siècle, avec sa coque renforcée de métal.

L'exposition des phares elle-même, si elle manque à mon sens de nombreuses photos actuelles, grand format, de phares du monde entier, est très intéressante et comprend un grand nombre de pièces que l'on n'a pas souvent l'occasion de voir, comme d'énormes lentilles, des maquettes, des documents d'époque... Elle retrace l'histoire de la construction des phares, l'avancée des techniques, la vie des hommes y travaillant, etc. En particulier, une carte interactive indiquant la position des phares en France à une date précise, avec leur portée, est tout à fait bluffante : en allumant progressivement les phares qui se construisent principalement entre le XIXe et le XXe siècles, on découvre petit à petit tout le littoral de la France qui s'éclaire progressivement. Au début, il est difficile de bien distinguer les côtes, alors que la carte d'aujourd'hui permet de retracer très précisément tout le contour, comme si ce n'était qu'une simple ligne de lumière, et non des petits points éparpillés le long des côtes.

Au cours de la visite, il est possible de découvrir de nombreux rapprochements avec les avancées des techniques montrées lors des expositions universelles. Notamment, il est mentionné la construction et le rayonnement, sur la place du Trocadéro, en 1848, du Dépôt des phares de Paris, dans lequel ont été effectuées une grande majorité des recherches sur les phares, comme la mise au point des lentilles de Fresnel . Le bâtiment était surmonté d'un vrai phare, en plein Paris... Ce bâtiment a été détruit dans l'indifférence générale... en 1992 ! Donc hier...

Dépot des phares de ParisDépot des phares de Paris

Ces photos proviennent du site Etats des lieux , où je vous invite à faire un tour pour y découvrir d'autres photos de ce monument et d'autres phares

C'est aussi à l'exposition universelle de Londres de 1862 que fut présenté le projet du phare Amédée, construit intégralement en métal et destiné à la Nouvelle Calédonie. Son frère jumeau a d'ailleurs été assemblé sur les lieux de l'exposition universelle de 1867 à Paris, avant d'être installé dans les Côtes d'Armor en 1868 puis détruit en 1944...

Exposition universelle de 1864

L'exposition universelle de 1867 avec le phare, à gauche
© LL / Roger-Viollet. www.parisenimages.fr

Phare AmédéePhare Amédée
La construction du phare à l'expo universelle de 1867, et la maquette présentée à l'occasion de l'expo de Londres de 1862, et présente actuellement à l'exposition des phares au Trocadéro

Conçu par Léonce Reynaud et construit par François Rigolet, ce phare de 52 mètres de haut est une véritable prouesse en 1865 (date de son assemblage sur le site définitif), soit plus de 20 ans avant la Tour Eiffel... On doit à François Rigolet, dont les ateliers étaient situés du côté des buttes Chaumont, le jardin d'hiver des Champs Élysées (1847) et les bains de mer de Dieppe. On aura sans doute l'occasion de revenir sur le premier, qui est un précurseur des constructions monumentales françaises des expositions universelles.

Ce phare est aujourd'hui un des seuls au monde de cette taille à être construit en métal (il y a aussi le phare néerlandais Lange Jaap). Certes l'emploi du fer n'est pas la meilleure idée pour la construction des phares, pour des raisons évidentes de corrosion, mais il était assez fréquent de construire à cette époque des phares en fer dans les colonies, où les matériaux traditionnels sont parfois trop coûteux à mettre en oeuvre.

Phare Amédée

Le phare Amédée, aujourd'hui, sur l'ilôt Amédée (photo Wikimedia)

Phare Amédée

(photo Eustaquio Santimano - CC BY 2.0)

Phare Amédée

(photo Eustaquio Santimano - CC BY 2.0)

livre Le Phare Amédée

Pour ceux qui sont intéressés par l'exposition sur les phares, dépêchez-vous, c'est jusqu'au 4 novembre 2012 :
Site du Musée de la marine

Et pour ceux qui veulent en savoir plus sur le phare Amédée, je vous conseille ce livre, Le phare Amédée , de Vincent Guigueno et Valérie Vattier, aux éditions Points de vue. Richement illustré, bourré de photos, de cartes et de documents d'époque, et comprenant pleins d'infos sur ce phare en particulier, mais aussi l'histoire des phares en général, l'expo de 1867, et le Dépôt des phares, c'est une véritable référence.


Commentaires

  • Je n'avais jamais remarqué que l'actuel Palais de Chaillot intégrait les anciennes colonnes du Trocadéro. Après avoir vu votre photo, ça tombe sous le sens. Je regrette comme vous la démolition pratiquement clandestine du bâtiment de la Direction des Phares et Balises, le phare de Paris, élément de notre patrimoine national. Etrange bâtiment charmant et suranné avec son lierre, son jardin, ses lambris, son chat siamois et son authentique coupole de phare. Au fait, qu'est-elle devenue? On peut bien poursuivre les taggers pour dégradation de bien public ou privé, on a bien affaire ici à un vandalisme officiel de grande ampleur. Personnellement, je me sens lésé. Bien à vous. Jérome Ferri

    Posté par Jérome Ferri, le 19 janvier 2014 à 10:10 | | Répondre
    • Hello Jérome !
      Merci pour votre commentaire. Oui l'actuel Palais de Chaillot a encore bien des restes de l'ancien Palais. Quand le musée de l'Homme sera terminé, nous pourrons avoir le loisir de redécouvrir tout le pavillon de droite, ses colonnes comme ses étages, même s'ils ont été grandement remaniés depuis...
      Je n'ai pas eu la chance de bien connaître le phare de Paris, mais je vois que vous avez pu en garder un bon souvenir de lui... C'est déjà mieux que rien ! Je crois qu'une partie du phare en lui-même a été préservé, notamment ses lentilles de Fresnel, mais je ne me souviens plus où elles ont été déplacées. Peut-être au musée de la marine...
      A bientôt !

      Posté par Vorador, le 23 février 2014 à 13:59 | | Répondre
      • Messieurs, le phare du trocadéro existe bel et bien, et n'a été en aucun cas détruit. je sais ou ils se trouve et est dans l'attente de reprise pour une eventuelle restauration, qui coutera surement très très cher. vous vouvez me joindre pour en savoir plus : snoopy77184@yahoo.fr. cordialement

        Posté par snoopy, le 22 juin 2015 à 19:01 | | Répondre
      • Bonsoir Vorador,

        Il y avait aussi un grand orgue immortalisé dans les anciennes éditions du dictionnaire Larousse, mais il avait déjà été enlevé quand j'avais voulu l'entendre. Il intégrait une partie des jeux de l'ancien orgue du Trocadéro (dont Alexandre Guillemant était le titulaire). Il a été transporté et réinstallé à Lyon et je ne l'ai toujours ni vu ni entendu.

        Effectivement, la colline de Chaillot et ses palais successifs recèle bien des trésors cachés ou disparus. N'oublions pas les accès aux souterrains d'anciennes carrières, l'aquarium, la salle des pompes de la fontaine de Varsovie,... En croisant toutes les informations que chacun détient en partie, ça finit par réunir beaucoup d'éléments. Votre photo de la salle des colonnes est superbe!

        JF

        Posté par Jérome Ferri, le 25 juin 2015 à 01:36 | | Répondre
        • Bonjour JF,

          merci pour tous ces compléments ! En effet, il y a bien des choses sous cette colline ! Dont certaines sont désormais presque complètement oubliées... Merci d'être passé et de m'avoir communiqué toutes ces informations, notamment sur l'ancien orgue

          Posté par Vorador, le 22 juillet 2015 à 20:31 | | Répondre
  • Oui, la coupole du phare a été retrouvée de façon assez rocambolesque, en grande banlieue par des membres de la Société d'Histoire du XVIeme arrondissement et le conseil municipal de Paris a accepté de la réinstaller dans les jardins du Trocadéro. Comprenons-nous bien: il s'agit de la coupole, certes d'époque et superbe mais sans optique à l'intérieur (à moins que le conseil municipal de le demande) et de façon très dommageable, sans le bâtiment de pierre du Second Empire qui la portait.

    Posté par Jérome Ferri, le 25 juin 2015 à 01:23 | | Répondre
    • Merci pour ces compléments ! On est donc loin de retrouver le bâtiment d'origine complet, mais c'est déjà mieux que rien ! Attendons de voir la suite !

      Posté par Vorador, le 22 juillet 2015 à 20:32 | | Répondre
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