09 juillet 2017

Le Jardin d'hiver des Champs Elysées

Fiche_jardin d'hiver champ de mars

Sur les Champs Elysées, entre 1847 et 1851, on pouvait venir se retrouver sous l'immense toiture vitrée du Jardin d'hiver.

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À cette époque, le coin des Champs Elysées était bien différent de ce qu'on peut voir aujourd'hui. Les terrains étaient encore peu bâtis, et de vastes champs et jardins s'étendaient alentour, jusqu'à la butte Chaillot. Le coin n'était pas toujours très sûr le soir, mais de profondes mutations étaient à venir :

– À partir de 1836, l'Arc de triomphe (commencé en 1806) s'élevait sur la place de l'Etoile.
– Entre 1845 et 1855, il y avait également un vaste hippodrome (il y en a eu jusqu'à 5 dans Paris, d'allures très diverses. Nous reviendrons prochainement sur l'hippodrome de l'Alma et celui de Montmartre). Place privilégiée pour des ascensions aérostatiques, c'est notamment là que le 24 septembre 1852 s'éleva l'aérostat Giffard .
– À partir de 1853, Jacques Hittorff (l'architecte notamment de la garde du nord et du cirque d'hiver), qui avait construit sur les Champs la "Rotonde des panoramas du grand carré des jeux" (1839-1856) et le Cirque d'été (1841-1900) dans le carré Marigny, eut pour tâche de réaménager la place de l'Etoile et les Champs jusqu'à la Concorde.
– En 1855, le Palais de l'industrie et la galerie des machines seront édifiées, non loin de la place de la Concorde, pour l'Exposition universelle de 1855 (la première française). L'ensemble engloba par ailleurs le panorama construit par Hittorff. Ce Palais fut détruit vers 1898 pour laisser place au Grand Palais et au Petit Palais (Exposition universelle de 1900).
– En 1855 également, Gabriel Davioud (le papa du Palais du Trocadéro, construit pour l'Exposition universelle de 1878) construit le Panorama national, également nommé Panorama des Champs Elysées, qui devient en 1893 le Palais de Glace, puis en 1981 le théâtre du Rond-Point .
– Le théâtre Marigny , quant à lui, existe depuis 1855 sous sa première forme (construit par Hittorff), et depuis 1880 sous sa forme actuelle, construit par Charles Garnier (l'architecte de l'Opéra).
– Enfin, le Petit et le Grand Palais ont été élevés à l'emplacement du Palais de l'industrie pour l'Exposition universelle de 1900.

Autant dire qu'en 1847, à part l'Arc de triomphe et les deux rotondes de Hittorff, rien de tout ceci existait.

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Avenue des Champs-Élysées vue du haut de l'Arc de Triomphe, Félix Benoist (1818-1896)

Et en matière d'architecture métallique, nous n'étions pas beaucoup plus avancé. Par exemple, le Crystal Palace (Londres) date de 1851, élaboré, comme on l'a vu dans un article sur l'origine des serres, à partir des recherches sur l'élaboration de serres de taille suffisamment grande pour acceuillir les grands palmiers et autres plantes exotiques importées des tropiques. Et si la rotonde de la halle au blé (Bourse du commerce) date de 1811, et les serres du jardin des plantes de 1836, les constructions métalliques en France n'étaient pas encore monumentales.

Le jardin d'hiver des Champs Elysées marquera les esprits par ses dimensions gigantesques pour l'époque, malgré sa durée de vie très courte. Bâti, grâce à des fonds privés, par l'architecte Meynadier et l'ingénieur Rigolet, l'édifice, situé aux environs du numéro 25 de l'avenue, avait la forme d'une croix longue de 100 mètres, large de 65. Son dôme s'élevait à 18,5 mètres, une prouesse à l'époque !

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Plan, élévation et vue en coupe

L'entrée était payante, mais plus de 40 000 visiteurs s'y promenaient sous sa voûte chaque mois. Ils y achetaiet des fleurs, prenaient le thé, discutaient, lisaient le journal et dansaient ou assistaient à des représentations. Il est dit que c'est dans ce jardin d'hiver qu'Adolphe Sax essaya pour la première fois son instrument à vent, le saxophone.

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Victor Hugo s'y déplaça également et le décrivit comme "une immense cage de fer, à deux nefs en croix, grande comme quatre ou cinq cathédrales, et revêtue d'une vitrine". Il ajouta : "Quand on y entrait, l'oeil se fermait dans l'éblouissement d'un flot de lumière ; à travers cette lumière, on distinguait toutes sortes de fleurs magnifiques et d'arbres étranges, avec les feuillages et les attitudes des tropiques et des Florides, bananiers, palmiers, lataniers, cèdres, larges feuilles et énormes épines, branches bizarres tordues et mêlées comme dans une forêt vierge."

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(Image : Gallica.fr )

Malgré les critiques élogieuses et la bonne fréquentation, la société d'exploitation fit faillite en 1851. le jardin d'hiver ne tarda pas à être démoli pour laisser place, à partir de 1856, à l'hôtel de la Païva (qui fut lui aussi un chantier pharaonique).

Sources :
» Page wiki de la place de l'Etoile , et celle des Champs Elysées
» Livre De l'orangerie au palaise de cristal : une histoire des serres (Yves-Marie Allain, éditions Quae, 2010)


10 janvier 2016

Image du jour : allée couverte des Champs Elysées

Pour commencer la nouvelle année, quelques photos des allées couvertes des jardins des Champs Elysées, qui ont été restaurées récemment. Ces structures sont situées au niveau des allées latérales qui longent les Champs (côté nord), proches de la place de la Concorde. Elles ont longtemps été délaissées, comme le kiosque à musique, qui se trouve de l'autre côté (côté sud, proche du restaurant Le Doyen). Celui-ci sera a priori restauré au cours de l'année 2016.

Ces structures en métal étaient pendant les fêtes complètement incorporées au marché de Noël. Il y avait des petites courettes intérieures, bordées de petites maisons du marché, dans lesquelles elles trônaient au centre, décorées pour l'occasion.

Allée couverte des Champs Elysées

Allée couverte des Champs Elysées Allée couverte des Champs Elysées

Allée couverte des Champs Elysées

Je ne sais pas de quand datent ces structures. Elles pourraient avoir été construites lors des premiers aménagements de Jacques Hittorff (à partir de 1834), qui avait fait bâtir un certain nombre de bâtiments dans les jardins, comme le Panorama des Champs-Elysées ou le Cirque d'été, dont certains ont été incorporés aux palais éphémères de l'Exposition universelle de 1855 (voir ce post à ce sujet). Elles pourraient être plus récentes, établies par Jean-Jacques Alphand lors des réaménagements sous le Second Empire, entre 1855 et 1870. Elles peuvent également tout simplement dater du début du siècle. J'essayerai de me renseigner davantage ultérieurement.

Bonne année à tous !

Quelques infos supplémentaires :
» Page Wikipedia des Champs Elysées
» Site paris1900.lartnouveau.com et cette page-là également
» Blog de Sophie Boyer Chammard (à propos de la rénovation du kiosque à musique)

28 août 2011

Exposition universelle de 1855 : d'hier à aujourd'hui

Exposition universelle 1855 Palais de l'Industrie
© ND / Roger-Viollet. www.parisenimages.fr

 

Il ne reste presque rien de la première exposition universelle française de 1855.
La France avait en tête le gigantesque Crystal Palace de Londres pour l'expo de 1851 et désirait faire encore plus majestueux.

L'expo universelle de 1855 s'étalait sur quatre grands édifices : le Palais de l'Industrie, donnant sur les Champs-Elysées, à peu près à l'emplacement des Petit et Grand Palais ; la rotonde du Panorama, directement reliée à l'arrière du Palais de l'Industrie par une courte galerie ; la longue galerie des machines, annexes sur la Seine, reliée elle-même à la rotonde par une galerie ; et enfin le Palais des beaux-arts, qui se trouvait un peu en marge, plus loin sur les Champs.

Exposition universelle 1855 plan
Plan général de l'expositon de 1855

Le Palais de l'Industrie (architecte Victor Viel, ingénieur Alexis Barrault) fut donc la première construction gigantesque qui fut bâtie à Paris pour accueillir les exposants du monde entier. C'était un édifice de métal et de verre, mais... dissimulé derrière de hauts murs de pierre de taille, afin de ne pas trop choquer la vue des passants. Au final, le bâtiment fut décrié pour sa lourdeur, sa forme imposante aux pieds même des Champs.
La verrière était à 35 mètres de hauteur, pour une nef d'une dimension totale de 192 m par 48, soit à peu près celle de l'actuel Grand Palais. La façade elle-même faisait 208 mètres de long et était flanquée aux quatre coins de gros pavillons. La superficie totale de l'édifice était de 2 hectares, soit 20 000 mètres carrés.

Exposition universelle 1855 Palais de l'Industrie
Le Palais de l'Industrie, entrée des Champs-Elysées
© LL / Roger-Viollet. www.parisenimages.fr

 

Exposition universelle 1855 Palais de l'Industrie
Remise des récompenses au Palais de l'Industrie
© Roger-Viollet. www.parisenimages.fr

 

Exposition universelle 1855
Provost, Exposition universelle de 1855, vue de la grande nef du Palais de l'Industrie, 1855, Lithographie en couleurs, musée d'Orsay

Voici ci-après le plan de Paris de 1855 placé en superposition du plan actuel. On y voit bien l'emplacement qu'avait les différents bâtiments de l'exposition, et leur taille par rapport aux Petit et Grand Palais.

Exposition universelle 1855 Plan général

Exposition universelle 1855 Plan général
Plans de 1855 et d'aujourd'hui, superposés

 

Beaucoup plus petit que le Crystal Palace, le Palais de l'Industrie dut être complété par une très longue galerie, la Galerie des machines : 1 200 mètres le long de la Seine ! pour une hauteur de 17 mètres.

Exposition universelle 1855 Galerie des machines
La Galerie des machines le long de la Seine
© Roger-Viollet. www.parisenimages.fr

 

Exposition universelle 1855 Galerie des machines
La Galerie des machines
© Roger-Viollet. www.parisenimages.fr

 

Exposition universelle 1855 Galerie des machines
Intérieur de la galerie des machines pour une exposition agricole en 1856
© Roger-Viollet. www.parisenimages.fr

 

Il est difficile de trouver des informations précises et de belles photos de la rotonde dite du "Panorama". Il s'agirait d'un édifice de Jacques Hittorff construit en 1839 et intégré aux autres pavillons, puis détruit rapidement après l'expo. L'actuel Théatre du Rond-Point comme d'autres "panoramas" célèbres à Paris ne datent pas de l'expo.

Enfin, le Palais des beaux-arts était situé plus loin, avenue Montaigne, et fut lui aussi détruit peu après.

Exposition universelle 1855 Palais des beaux-arts
Façade du Palais des beaux-arts

 

Exposition universelle 1855 Palais des beaux-arts
Intérieur du Palais des beaux-arts
© LL / Roger-Viollet. www.parisenimages.fr

 

Le Palais de l'Industrie n'avait pas pour but d'être démoli aussitôt l'exposition terminée. Il servit à diverses expositions d'art et agricoles, mais aussi aux expos universelles de 1878 et 1889. Il ne fut démoli que pour être remplacé par les Petit et Grand Palais pour l'exposition de 1900.

Exposition universelle 1855 Palais de l'Industrie
Palais de l'Industrie pour une expo d'horticulture et de statues en 1857
© LL / Roger-Viollet. www.parisenimages.fr

 

Exposition universelle 1855 Palais de l'Industrie
Palais de l'Industrie pour une expo ultérieure

 

Exposition universelle 1855 Palais de l'Industrie

Exposition universelle 1855 Palais de l'Industrie
Destruction du Palais de l'Industrie en 1899

 

Globalement, cette exposition universelle de 1855 fut déficitaire, avec un coût total de 11 340 000 francs pour une recette de 3 200 000 francs. 5 162 330 visiteurs furent recensés.
De cette exposition, dans Paris, il ne reste pas grand chose, à part un groupe de statues, "La France couronnant d'or l'Art et l'Industrie", qui se trouvait sur le fronton de l'entrée du Palais (à l'origine, le Palais de l'Industrie s'appelait Palais des beaux-arts et de l'Industrie, vu que toute l'expo devait y entrer). Ce groupe de statues, en mauvais était, peut être admiré au parc de Saint-Cloud, près de l'entrée du musée national de céramique de Sèvres.

On retrouve également une partie des structures métalliques du Palais de l'Industrie dans l'église notre-Dame-du-Travail, dans le 14e arrondissement, construite en 1899 pour les ouvriers du chantier monumental de l'expo de 1900, ainsi que dans certaines halles et usines d'Ile-de-France.

Il y a enfin l'ancien Pont de l'Alma, construit en 1854 et qui devait servir pour l'exposition (mais fut inauguré un an plus tard). Il contenait 4 gigantesques statues, dont une seule est encore présente sur l'actuel pont de l'Alma : le célèbre zouave qui sert d'instrument populaire de mesure des crues de la Seine. Le Chasseur à pied est visible depuis l'autoroute A4 contre le mur sud de la redoute de Gravelle dans le bois de Vincennes, à Joinville-le-Pont, le Grenadier est à Dinjon, et l'Artilleur est à La Fère.

Le plan ci-après donne l'emplacement grossier des éléments encore existants de l'exposition de 1851. Il faut cliquer dessus pour en voir une plus grande version.

Exposition universelle 1855 Localisation des vestiges aujourd'hui
Localisation actuelles des vestiges de l'expo de 1855

Sources :
article Wikipédia
expositions-universelles.fr : l'exposition universelle de 1855 et le Palais de l'Industrie