06 décembre 2011

Et encore un projet pour la Tour Eiffel

Le 30 novembre, le Figaro révélait un nouveau projet  pour la Tour Eiffel, une sorte d'expérience qui durerait 4 ans, de 2012 à 2016, proposé par un cabinet d'architectes qui fait partie des prestataires pour la rénovation du premier étage (on en a déjà parlé dans le post Tour Eiffel : un nouvelle rénovation bientôt  et puis mentionné dans Visite de la Tour Eiffel avant les futures rénovations).

Il s'agirait de revêtir intégralement la Tour Eiffel d'un mur végétal, comme l'est actuellement le musée du Quai Branly. 600 000 plantes seraient soutenues dans des sacs en toile de jute, pour une masse totale de 378 tonnes (138 tonnes de plantes, 100 tonnes pour le matériel d'irrigation, 140 tonnes pour l'accrochage).

tour Eiffel végétalisation

Bien sûr, la Tour Eiffel ne serait pas verte tout de suite, et il faudrait un certain temps pour que les plantes (plantes thermophiles pour les faces est et sud, lierre et plantes persistantes pour les faces nord et ouest) prennent de l'ampleur :
- développement des végétaux en pépinières jusqu'en juin 2012,
- pose sur le site de juin 2012 à janvier 2013,
- phase de croissance des végétaux sur la tour de février 2013 à janvier 2014,
- pleine expansion 2014 et 2015,
- retrait de février à juillet 2016

Ce projet de végétalisation de la tour, pour un budget de 72 millions d'euros, serait financé principalement par des entreprises (ni la Sete qui gère la tour, ni la mairie de Paris ne financerait ce projet), et aurait pour but de remettre l'écotourisme au goût du jour, d'obtenir un bilan carbone positif pour la tour (elle rejetterait moins de CO2 qu'elle n'en capterait), grâce notamment à la plantation de 600 arbres en plus aux pieds de la tour, et de recentrer la problématique environnementale au coeur de la ville.

Bref, de bien jolis mots pour un projet assez intriguant. La Sete et la mairie de Paris semblent prudentes sur ce projet, n'ont pour le moment rien validé, et ont annoncé qu'elles n'en étaient pas du tout associées. On pourra se demander alors qui peut donner le feu vert sur un tel projet, si les parisiens auront voix au chapitre (j'en doute), s'ils seront au moins mis au courant si le projet se concrétise. Une petite équipe de scientifiques et d'architectes peuvent-ils avoir tous les droits pour redécorer ainsi l'emblême de la ville (et de la France, aux yeux de nombreux touristes) ? Les touristes eux-mêmes vont-ils apprécier ? Est-ce qu'on en a réellement besoin ?

Si l'expérience s'avère concluante, ne sera-t-elle pas renouvelée ? L'ajout de 378 tonnes à un édifice qu'on essaye d'alléger depuis une bonne trentaine d'années n'est-il pas problématique ?

Des questions qui resteront en suspens. Je suis assez curieux de l'évolution de ce projet. Non pas que je le réfute aussitôt (il faut voir ce que ça donne), mais à l'instar du projet de rénovation du premier étage, j'ai un peu l'impression que ça donne une toute autre image à la tour et à notre patrimoine. Est-ce qu'on est obligé de faire ce genre de choses pour attirer les gens, leur montrer qu'on est un acteur incontournable de la lutte contre le réchauffement ?

J'ai l'impression que la Tour Eiffel est un peu malmenée ces derniers temps, et je pense que peu de ces architectes et ingénieurs n'ont une réelle envie de repenser le bâtiment en s'appuyant sur l'existant, mais préfèrent proposer quelque chose de très "années 2000". C'est un peu comme le projet de rénovation de la Samaritaine, sur lequel on reviendra prochainement. Ce projet est intéressant sur bien des points, mais pourquoi, forcément, penser à une architecture en verre, très "moderne, tendance, in, hype" – tout ce que vous voulez –, mais en fait très ancrée dans l'air du temps, alors qu'on aurait pu imaginer une rénovation fondée sur des lignes certes modernes, mais qui seraient influencées par les styles propres au bâtiment et à ses époques (XIXe siècle ferraille, art déco, art nouveau) ? À côté des différentes façades de la Samaritaine (depuis le bâtiment "Sauvage" côté Seine, jusqu'aux façades Art déco côté Rivoli), la nouvelle façade en verre va me paraître bien commune...

Et pour en revenir à la Tour Eiffel, je ne sais pas si je suis prêt à la voir toute pleine de verdure alors que son rôle à mes yeux et d'être (et de rester) le fleuron de l'art industriel parisien du XIXe siècle. (A la rigueur, le seul intérêt pour moi serait sa connotation "post-apocalyptique" – bâtiment anciennement prestigieux et désormais recouvert de plantes grimpantes – qui pour le coup, permettrait de transcender un peu le bâtiment sans le défigurer.)

Nos bâtiments historiques doivent certes vivre, mais ne devraient-ils pas garder leur âme intacte ? J'aurais aimé par exemple que le projet de rénovation du premier étage reprenne les lignes et les matériaux qui étaient présents à son inauguration, en 1889, notamment pour montrer que les rénovations de 1937 et de 1981 n'étaient pas forcément des bonnes idées. Bien d'autres personnes ne sont pas de mon avis, c'est sûr, mais c'était en tout cas mon souhait personnel. Les bâtiments de la future rénovation, on va les détruire en 2040 ? Les nouvelles halles (on en parlera sûrement plus tard également), on va les détruire aussi en 2040 ? Il n'y a rien qu'on puisse construire, qui relie habilement le passé et le présent, et qui soit pérenne ?

À voir comment le projet va avancer...

Sources :
Figaro, article du 30 novembre
Figaro, mise à jour
France 3

Posté par vorador2116 à 14:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

Commentaires

Nouveau commentaire